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Vertières : ni la FIFA ni les décideurs de l’Occident ne pourront effacer l’histoire d’Haïti


Si vous aviez besoin de preuves pour voir à quel point l’histoire d’Haïti dérange l’Occident, ne cherchez pas plus loin que le geste de la FIFA, qui a exigé in extremis à la sélection d’Haïti de modifier son maillot pour la Coupe du monde. Cette situation s’avère particulièrement délicate, car à quatre jours de son entrée en lice à ce prestigieux tournoi, les Grenadiers sont déjà confrontés à leur premier obstacle, soit celui d’effacer leur passé glorieux.

D’après ce qui a été rapporté par l’équipementier Saeta, qui a conçu l’équipement de la sélection haïtienne, la FIFA trouve que l’illustration de la bataille de Vertières sur le maillot des Grenadiers représente un « message politique ».

L’hypocrisie de la FIFA

« L’équipement ne doit présenter aucun slogan, inscription ou image à caractère politique, religieux ou personnel », selon le règlement de la FIFA.

Va-t-on aussi interdire le drapeau haïtien, qui illustre les armes de la révolution ?

Quelle hypocrisie !

La Coupe du monde 2026 se noie dans l’océan des politiques racistes et xénophobes de Donald Trump, et, comme plan de sauvetage, la FIFA a décidé de punir Haïti.

Pourquoi la FIFA, puissante organisation du sport le plus populaire au monde, n’a-t-elle pas levé le petit doigt lorsque l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan a été refoulé par les États-Unis ?

Je crois que c’est avant tout de la lâcheté. Une lâcheté caractérisée par un clientélisme politique. Comme le dit le proverbe haïtien : « dan pouri gen fòs sou bannann mi », c’est-à-dire que le lâche profite de celui qui est plus faible que lui.

Vient ensuite l’antihaïtiannisme : la FIFA ne s’attendait pas à la participation des Grenadiers à la grande fête du ballon rond, tout comme l’Occident n’anticipait pas la victoire des troupes haïtiennes sur l’armée de Napoléon, à Vertières.

Ce triomphe contre l’esclavagisme et le colonialisme remonte à plus de deux siècles, mais les décideurs de l’Occident s’en souviennent à un point tel qu’ils tentent de l’effacer de la mémoire collective.

La nouvelle génération se souvient

Ces tentatives d’oblitérer le passé glorieux des Haïtiens sont peine perdue. Parlez-en aux Français, qui ont refusé d’entrer le mot « Vertières » dans leurs dictionnaires avant que l’écrivain et académicien Dany Laferrière insiste sur la nécessité de souligner cette bataille historique, en 2019.

Pour moi, Gianni Infantino, le président de la FIFA, exécute parfaitement les ordres de nuire à la progression des Haïtiens et d’autres peuples noirs. Ordres qui ont été donnés par Napoléon Bonaparte, qui avait déclaré ce qui suit : « Ma décision de détruire l’autorité des Noirs à Saint-Domingue n’est non pas tant fondée sur des considérations de commerces et d’argent que sur la nécessité de bloquer à jamais la marche des Noirs ».

Eh bien, voilà ! Le problème principal des Haïtiens réside dans le fait que l’autorité des Noirs à Saint-Domingue n’a pas été détruite, comme le voulait l’empereur français, et que ce dernier a même dû baisser pavillon.

Comment peut-on supprimer une histoire qui est aussi unique que fascinante ?

La FIFA croit-elle que la nouvelle génération est tellement obnubilée par TikTok et les jeux vidéos qu’elle n’a pas souvenance de Dessalines, de Louverture, de Christophe et de Pétion ?

Tous les jeunes d’origine haïtienne savent ce qui s’est passé le 18 novembre 1803. Ils savent aussi que les grandes puissances ont toujours voulu leur faire payer la glorieuse révolution de leurs ancêtres.

Et ils sont sûrs d’une chose : le 13 juin, à Boston, quand les Grenadiers feront leur entrée sur la pelouse pour affronter l’Écosse, ils se lanceront à l’assaut avec fierté et résilience, à la manière de Capois-La-Mort.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

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