Ça fait plus de trois décennies que des jeunes de Montréal-Nord et de Saint-Michel dénoncent le profilage racial et les abus policiers, mais personne ne voulait les croire. Le SPVM leur disait que c’était dans leur tête. L’ancien premier ministre du Québec avait même déclaré que le racisme systémique n’existait pas dans la Belle Province. Pourtant, comme je le dis souvent, le profilage racial est si présent dans la métropole que même Stevie Wonder pourrait le voir et s’en inspirer pour composer une chanson à succès.
Or, depuis l’arrivée de Fady Dagher à la tête du SPVM, les personnes noires et maghrébines peuvent entrevoir la lumière au bout du tunnel.
Le monde raciste du SPVM
Seize policiers du poste 39 de l’arrondissement de Montréal-Nord sont visés par une enquête en raison d’allégations d’actes racistes et haineux. Parmi ces actes indécents, on note le « scalp », une pratique guerrière qui consiste à arracher les cheveux d’un ennemi pour les conserver comme trophée.
Selon les dires, ces policiers semblent avoir une fascination, voire une obsession dévorante pour les dreadlocks des hommes noirs.
Étrange.

Donc, si je comprends bien, ces policiers-là considèrent les Noirs comme les ennemis jurés du SPVM ?
Je pose la question, car plusieurs ont l’impression que, plutôt que d’être là pour protéger les citoyens, certains agents de la paix préfèrent faire la guerre à la communauté noire.
Les dreeadlocks des jeunes Noirs accrochés au mur comme trophées de guerre, de victoire ?
Quel comportement moyenâgeux !
Osons le dire : l’esclavage a été aboli, ses chaînes ont été brisées, mais la mentalité esclavagiste n’a pas tout à fait disparu de notre société, et les actes racistes de ces 16 policiers en sont un exemple frappant.
Comment peut-on régler le problème si l’on ne commence pas à appeler un chat un chat ?
Je persiste et signe : certains policiers du SPVM se comportent comme de véritables maîtres d’esclaves, qui sont obsédés par la captivité des hommes noirs.
J’étais en train de regarder le concert de Kassav, au Quartier des spectacles, dans le cadre du festival les Francos de Montréal, lorsque cette nouvelle est tombée comme une bombe atomique.
Des lecteurs m’ont contacté pour me faire part de leur stupéfaction.
En réalité, je voulais vous parler un peu du groupe qui a bercé notre adolescence, mais je me suis dit que le profilage racial, le racisme systémique et les abus policiers étaient plus importants que la musique.
Dès lors, je me suis mis à penser à ces Noirs et à ces Arabes qui ont fait l’objet de profilage racial et d’abus policiers.
La récurrence du profilage racial
Voyez-vous, tout commence par une contravention. Un mensonge. Un prétexte dans le but de vous donner un billet pour un voyage dans le monde raciste du SPVM.
En effet, quand ce n’est pas leur fabulation au sujet d’un prétendu suspect qui porte le même vêtement que la personne interpellée, ces policiers utilisent systématiquement le mensonge sur l’excès de vitesse ou le non-port de la ceinture de sécurité pour fabriquer leur « vérité ».
Rappelez-vous l’affaire Mamadi Camara, ce chercheur de la Polytechnique, qui a été injustement accusé par les « macouts » du SPVM, qui continuent d’exercer leur pouvoir autoritaire sur la communauté noire depuis des générations ?
M. Camara avait malheureusement passé six nuits à la prison de Bordeaux, en janvier 2021.

Comme dans les films d’Hollywood, à l’arrestation de Camara, les policiers ont préféré le sortir de sa voiture par la fenêtre et le jeter par terre, avant qu’un d’eux pose sa botte sur sa tête, comme s’il apposait le drapeau du SPVM pour revendiquer une occupation de la communauté noire.
Pourtant, l’ingénieur d’origine guinéenne ne portait pas de dreadlocks qui auraient pu être servis de trophée par les policiers.
Si ce n’est pas la coupe de cheveux, ce doit sûrement être la couleur de peau ?
La vérité, c’est que de nombreux policiers du SPVM, qui se basent sur le concept « Qui se ressemble s’assemble », perçoivent tous les hommes noirs comme des suspects potentiels lorsqu’ils sont au volant de leur voiture ou lorsqu’ils marchent dans la rue.
C’est aussi simple que ça.
Pour ces policiers, Alexandre Lamontagne, qui a intenté une action collective contre la Ville de Montréal pour profilage racial systémique, n’est rien d’autre qu’un criminel.
Le 14 août 2017, Alexandre Lamontagne, un Noir d’origine haïtienne, a été interpellé sans raison valable par deux policiers du Service de police de la Ville de Montréal alors qu’il sortait paisiblement du club La Voûte.
Dans son témoignage, Lamontagne a raconté que les policiers lui ont demandé pourquoi il les regardait avant de se ruer vers lui et de le jeter au sol. Durant cette interpellation musclée, la victime de ce racisme systémique s’est durement cogné la tête.
Ce n’est pas tout : à l’instar du célèbre cas Gorge Floyd, l’un des policiers avait mis le genou sur la nuque d’Alexandre Lamontagne. Il a dû passer la nuit en cellule et a eu des blessures qui ont nécessité des soins médicaux.
Les policiers ont fait tout cela parce qu’Alexandre Lamontagne est un homme noir, point barre.
Les victimes qui souffrent en silence
Il y a aussi eu le cas de Freddy Villanueava, qui a été tué par un policier du SPVM, à Montréal-Nord, en 2008.

Et que dire de tous ces cas qui n’ont pas été médiatisés ?
Je pense aux nombreux hommes et femmes de la communauté noire qui ont perdu leur liberté à cause des interpellations étouffantes des policiers racistes du Service de police de la Ville de Montréal et du Service de police de la Ville de Repentigny.
Ces personnes continuent de souffrir dans le silence le plus total, loin des caméras, car personne n’a voulu les écouter.
Tout de même, je doute fort que la nouvelle du démantèlement de l’équipe de policiers du poste 39 leur ait fait sauter de joie.
Mais je suis sûr d’une chose : plusieurs ont poussé un soupir de soulagement en disant : « Enfin, ça prenait un chef de police issu de la diversité culturelle pour s’attaquer à ce malaise qui ronge la métropole ».
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1 Commentaire
C’est malheureux,mais ce n’est rien de surprenant.Le Quebec,comme le Canada,les États Unis et Israel,est une colonie de “settlers”(settler colonialism) et tant que ce n’est pas accepté comme vérité,rien va changer meme avec une mairesse et un chef de police originaire de communautés soit disant immigrantes.Ca devient du performatif,car ils n’ont aucun pouvoir.Aussi,les policiers se voient comme un groupe unique qui a comme devoir de neutraliser,l’ennemi qui sont des Noirs et des Maghrébins.La police n’est pas la pour servir la population,son but principal a toujours été de protéger la propriété privée des riches et point final.Ce n’est pas des cameras personnelles qui vont changer quoi que soit.Ca va encore plus loin que le racisme systémique que je veux pas minimiser loin de là mais c’est une société profondément néolibérale exploitrice et on merite un meilleur système et rien de moins.