Opinions

Montréal : la haine et la violence n’ont ni couleur ni religion


L’annonce de la fusillade ayant causé la mort d’un policier et d’un citoyen à Côte-des-Neiges, lundi, a suscité la sympathie et l’appui des Montréalais, mais aussi des questionnements qui renforcent malheureusement la dichotomie entre certains Québécois : d’un côté, des personnes blanches étaient persuadées que cet acte de violence avait été perpétré par un Noir ou un Arabe. Et de l’autre, la communauté noire retenait son souffle, en attente de l’identité de l’auteur de la tuerie.

Vers 14 h 30, lorsque la nouvelle selon laquelle l’auteur de cet acte odieux était un homme blanc de l’Alberta s’est mise à circuler, un soupir de soulagement collectif était palpable dans la communauté noire, qui est souvent choisie comme bouc émissaire pour les malheurs de la société québécoise.

Et même après que l’identité du meurtrier eut été dévoilée et que sa blancheur ait été révélée, des personnes associaient encore la tragédie du 22 juin à l’immigration. Elles reprochaient à la mairesse Soraya Martinez et au chef du SPVM, Fadi Dagher, leurs prises de position très critiques sur l’affaire du poste de police 39 à Montréal-Nord.

Mais pourquoi autant d’obsession pour la racialisation ?

Un tueur albertain s’est présenté dans la métropole avec un manifeste dans lequel il dénonce l’émancipation féminine, mais nous parlons de couleur et de religion plutôt que de penser à la violence fondée sur le genre et à la sécurité des femmes dans notre société.

J’ai été profondément étonné par ce commentaire que j’ai lu sur les réseaux sociaux : « Lorsque l’assaillant est arrivé à Montréal, on l’a vu manger de la viande halal dans un restaurant. » Cette personne semble ne pas se soucier des victimes de cette terrible tragédie.

La violence nous rendrait-elle moins sensibles à la misogynie ?

Le problème, c’est que nous préférons nous égarer dans le labyrinthe d’hypothèses plutôt que de nous focaliser sur une seule : la haine envahit notre société, et la compréhension et le respect mutuel sont de mise pour juguler ce fléau.

Je croyais pourtant que la tuerie de la Polytechnique, en 1989, nous avait appris que la violence et la haine n’avaient pas de couleur ni de religion.

Les 14 femmes tuées à l’attentat de la Polytechnique, en 1989

Quand Marc Lépine avait été identifié par la police, je ne pensais pas à sa couleur de peau, mais bien aux 14 femmes qui, pour la plupart, étaient des étudiantes en génie.

Je n’ai pas non plus pensé à la « race » et aux croyances religieuses de Valery Fabrikant, quand celui-ci a tué ses collègues de travail de l’Université Concordia, en 1992.

Même chose quand Alexandre Bissonnette a tiré sur des dizaines de fidèles du Centre culturel islamique du Québec, le 29 janvier 2017, à Québec. Pour moi, cet attentat a été perpétré par un être sans aveu qui a troublé la paix publique.

L’attentat survenu lundi à Côte-des-Neiges nous rappellera qu’il y a des personnes mal intentionnées dans toutes les communautés. Seth Hatfield, l’auteur de l’attentat, ne vient pas de la Belle Province, mais il n’est pas passé par le chemin Roxham pour rentrer dans la métropole et s’attaquer aux citoyens montréalais.

Il importe que nous unissions nos forces afin de lutter contre la xénophobie, la misogynie et les haines raciales qui règnent dans notre société actuellement.

Car, pour qu’une nation se développe convenablement, vivre ensemble en harmonie représente une condition sine qua non.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

Laisser un commentaire