Finalement, le 19 juillet, cinq semaines après le début d’une longue Coupe du monde marquée par des comportements scandaleux de la FIFA, les jeux sont faits. L’Argentine défendra son titre contre l’Espagne en finale du Mondial. Pour de nombreuses personnes, cette finale s’annonce comme un grand match de football. Or, pour certains Haïtiens, il s’agit d’un rendez-vous entre l’histoire et le présent, le colonialisme espagnol et le racisme argentin.
Il est impossible de rester indifférent devant ce face-à-face quand on connaît un tant soit peu l’histoire d’Haïti et celle de l’explorateur Christophe Colomb, qui a exercé une autorité tyrannique et cruelle sur cette terre.
Il s’avère d’autant plus difficile d’imaginer la finale Espagne-Argentine sans penser aux comportements racistes des supporters argentins tout au long du Mondial.
𝗟𝗲 𝗿𝗮𝗰𝗶𝘀𝗺𝗲 𝗱𝗲́𝗰𝗼𝗺𝗽𝗹𝗲𝘅𝗲́ 𝗱𝗲𝘀 𝗔𝗿𝗴𝗲𝗻𝘁𝗶𝗻𝘀
Lors du match entre le Cap-Vert et l’Argentine, le 7 juillet, des admirateurs argentins ont traité le youtubeur afro-américain IshowSpeed de nègre et de chimpanzé. Une femme portant le maillot de la sélection argentine a même dit en espagnol au populaire influenceur « d’aller pleurer au zoo ».
En l’an 2022, après avoir remporté la Coupe du monde, des chants racistes ont été entendus lors de la célébration de l’équipe d’Argentine, qui comprenait des joueurs qui les entonnaient.
« Ils jouent pour la France, mais viennent tous d’Angola, c’est bien ils savent courir, ce sont des trans comme ce putain de Mbappé, sa mère est nigériane… », ont-ils fredonné allègrement.
En 2024, à la suite de leur victoire en Copa America, ils ont repris ces mêmes paroles dans le bus de l’équipe, alors que le joueur français Kylian Mbappé n’avait rien à voir avec ce tournoi sud-américain.
Les vidéos de tous ces actes racistes ont fait le tour de la planète, mais cela n’a pas empêché plusieurs d’entre nous, Haïtiens, de faire flotter le drapeau de l’Argentine sur les réseaux sociaux et de nous entredéchirer dans des disputes liées à cette fameuse finale.
« Je suis Argentin, et je dis fièrement que Messi est le plus grand de tous les temps », a publié sur Facebook une personne d’origine haïtienne, à défaut de trouver un messie pour sa terre natale qui est aux prises avec des difficultés économiques et sociales.
À force de chercher un sauveur, de faire des héros des gens qui se fichent de notre existence, nous sommes devenus orphelins. Jean-Jacques Dessalines, le père fondateur de notre nation, doit se retourner dans sa tombe.
La vérité est que, depuis notre rupture avec l’esclavage, notre attention s’est souvent portée vers un ailleurs illusoirement meilleur.
Nous « exoticisons » même tout ce qui peut nous paraître familier afin d’assouvir notre fantasme occidental, et nous sublimons des étrangers qui affichent un total mépris pour la couleur de notre peau.
Certes, contrairement à ce que pense Ovide, la peine de mort n’est pas réservée à ceux et celles qui changent de patrie, mais l’oubli de soi représente une tout autre affaire.
L’empire colonial espagnol et le début de la traite négrière
Et quant à l’équipe de l’Espagne, il existe 1804 raisons pour lesquelles je ne l’encouragerai pas à la finale de la Coupe du monde.
Le 6 décembre 1492, Christophe Colomb, suivant les directives de l’Espagne, débarque en Haïti. Bien qu’il ait été accueilli pacifiquement par les Taïnos (les habitants autochtones d’Haïti), Christophe Colomb n’a pas hésité à tuer et réduire à l’esclavage un grand nombre des Taïnos.
Ceux qui espéraient échapper à la mort devaient donner une grande quantité d’or aux Espagnols. Et les Taïnos qui vivaient dans des régions où il n’y avait pas d’or étaient autorisés à donner du coton à la place.


Malgré cela, ces pauvres gens ont été victimes de torture, de génocide et d’extermination.
Selon le chaîne de télévision History, Christophe Colomb utilisait en roue libre les châtiments corporels publics pour mieux exercer son autorité. Les bourreaux de Colomb coupaient la langue, les oreilles ou même le nez des Taïnos lorsqu’ils ne se conformaient pas aux règles établies.
L’île d’Hispaniola (Haïti et la République dominicaine) comptait environ 300 000 habitants quand Colomb et ses hommes sont arrivés. Un peu plus de 50 ans plus tard, il ne restait plus que 500 Taïnos sur l’île.
Et pour remédier à la pénurie de main-d’œuvre indigène, les Espagnols ont introduit les premiers esclaves venus de l’Afrique en 1501, marquant le début de la traite négrière sur l’île. Voilà !
Pour conclure, en dépit de ce qui a été mentionné en matière de colonialisme et de racisme, je considère que chacun est libre d’encourager l’équipe qui lui convient.
Car, dans le sport, il y a la certes passion et le fanatisme, mais il y a aussi l’histoire, et celle-ci finit toujours par nous rattraper.
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