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Haïti-Brésil : pour le pays, pour les ancêtres, les Haïtiens s’unissent


En Haïti, les différentes religions, telles que le catholicisme, l’adventisme, le vaudou, le pentecôtisme et le baptisme, jouent un rôle essentiel dans le développement spirituel de la population. Pourtant, le football, qui est considéré comme une religion, est le seul qui parvient à unir les Haïtiens. Et ce qui est encore plus étonnant, c’est que cette religion est aussi la seule qui ne leur promet pas de paradis, mais des moments de joie intense.

Depuis des décennies, le football a permis au peuple haïtien de s’évader du stress quotidien, du macoutisme des Duvalier et de la terreur des gangs de rue, ne serait-ce que quelques heures.

𝗟𝗲 𝗿𝗼𝗶 𝗣𝗲𝗹𝗲́ 𝗮̀ 𝗹’𝗼𝗿𝗶𝗴𝗶𝗻𝗲 𝗱𝗲 𝗹’𝗮𝗺𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲𝘀 𝗛𝗮𝗶̈𝘁𝗶𝗲𝗻𝘀 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹’𝗲́𝗾𝘂𝗶𝗽𝗲 𝗱𝘂 𝗕𝗿𝗲́𝘀𝗶𝗹

L’exutoire libérateur que le football procure aux Haïtiens a pris naissance lorsque, à l’âge de 17 ans, Edson Arantes do Nascimento, plus connu sous le nom de Pelé, a marqué trois buts en finale de la Coupe du monde de 1958, permettant au Brésil de remporter son premier titre mondial.

Le roi Pelé

Très peu d’Haïtiens avaient vu ce match en direct, ou même l’avaient écouté à la radio. Cependant, ils savaient tous que, comme eux, Pelé était Noir, et il était considéré comme le meilleur joueur de la planète.

À juste titre, le célèbre no 10 est entré dans l’imaginaire collectif du peuple haïtien comme le dieu du stade, et lorsque la Seleção, l’équipe nationale du Brésil, dispute un match à la Coupe du monde de football, une bonne partie de la population haïtienne interrompt ses activités quotidiennes et brandit le mythique maillot jaune pour suivre les quintuples champions.

Que ce soit en Haïti ou dans la diaspora, cette « brésilophilie » se transmet d’une génération à l’autre.

J’ai moi-même été infecté par ce « brésillisme excessif ».

Cependant, depuis que les Grenadiers se sont qualifiés in extremis à la 23e édition de la Coupe du monde masculine de football, les filles et fils de Dessalines manifestent un engouement pour la sélection haïtienne.

Et depuis qu’on a appris qu’Haïti se retrouvait dans le même groupe que la Seleção, on a l’impression que la belle histoire entre les Haïtiens et l’équipe du Brésil bat de l’aile.

Certes, pour expliquer cette situation, on peut invoquer le fait que le football brésilien est en panne d’inspiration, et que celui de la première République noire a fait de grands pas, mais, en réalité, ce changement va au-delà des frontières footballistiques.

Le Onze de départ des Grenadiers contre l’équipe de l’Écosse

Les Haïtiens sont rentrés dans le rang, pour le pays, pour la patrie, c’est aussi simple que ça.

𝗟’𝗶𝗺𝗽𝗮𝗰𝘁 𝘀𝗼𝗰𝗶𝗮𝗹 𝗲𝘁 𝗰𝘂𝗹𝘁𝘂𝗿𝗲𝗹 𝗱𝘂 𝗺𝗮𝘁𝗰𝗵 𝗛𝗮ï𝘁𝗶-𝗕𝗿𝗲́𝘀𝗶𝗹

Pour Dessalines, pour Capois-La-Mort, les Haïtiennes et les Haïtiens se mobilisent et s’unissent pour montrer au monde entier que, contrairement aux idées reçues, ils ont le sens du patriotisme sportif.

Pour Emmanuel Sanon, pour Philippe Vorbe, ce soir, les Grenadiers rendront hommage au football haïtien, à la sélection de 1974.

Il n’y a rien de tel que de regarder le match de l’équipe de son pays d’origine dans une ambiance festive et survoltée, grâce à l’animation des maîtres de cérémonie et du rara : chants, cris, rires et applaudissements.

C’est ce que j’ai vécu lorsque je suis allé appuyer les Grenadiers à leur match contre l’Écosse, dans une soirée organisée par le Bureau de la communauté des Haïtiens de Montréal (BCHM). Je me sentais à la maison, tout d’abord, pour les souvenirs d’enfance qui me lient au BCHM, mais aussi pour le sentiment de fierté et d’appartenance qui y régnait.

Je ne voudrais pour rien au monde décourager un compatriote de se parer des couleurs du Brésil pour ce match tant attendu, mais n’est-ce pas Justin Lhérisson qui a dit : « Marchons unis, marchons unis, dans nos rangs, point de traîtres » ?

Voyez-vous, selon les principes dessaliniens, il en faut beaucoup plus que parler la langue du pays, manger le riz collé ou danser le konpa pour se qualifier comme fils de la patrie.

Être Haïtien, c’est aimer sa patrie inconditionnellement, la valoriser et contribuer à son essor.

Être Haïtien, c’est se soucier des intérêts collectifs, s’entraider entre frères et sœurs, posséder un esprit fraternel, comme l’exige notre devise.

Enfin, être Haïtien, c’est aussi apporter un soutien sans limites aux Grenadiers et les encourager dans les bons moments, comme dans les mauvais.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

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