Dans les années 1990 et 2000, le Caribana, ce festival caraïbéen riche en couleurs, rapportait près de 400 millions de dollars à la province de l’Ontario. Il attirait une foule dépensière et festive, venue des quatre coins de la planète. Toronto brillait de tous ses feux, et la rue Yonge, qui était considérée comme la plus longue rue du monde, était aussi la rue la plus animée de la planète durant ce week-end de joie et de bonheur. Or, depuis quelques années, les choses ont changé.
À l’époque, la forte présence des athlètes de la NBA, des stars de la musique et du cinéma, des familles et des jeunes gens permettait au centre-ville torontois de raconter le Caribana avec éloquence.
𝗨𝗻 𝘀𝗼𝘂𝘃𝗲𝗻𝗶𝗿 𝗶𝗻𝗼𝘂𝗯𝗹𝗶𝗮𝗯𝗹𝗲
Entre les athlètes de la NBA, les stars de la musique et du cinéma, les familles et les jeunes gens qui y coexistaient en harmonie à l’époque, le centre-ville torontois racontait parfaitement le Caribana.

Je me souviens des vendredi, samedi et dimanche soir, où les Noirs des États-Unis paradaient sur la rue Yonge avec leurs autos luxueuses, souvent transformées pour l’occasion. Ils se déplaçaient à une vitesse lente afin que tout le monde les remarque.
Je me souviens aussi des longues files d’attente de touristes de Détroit, de Cleveland, de New York, de Boston et de Londres aux hôtels Delta Chelsea et Sheraton.
Un souvenir d’autant plus précieux que mes amis et moi réservions notre chambre d’hôtel des mois à l’avance afin d’éviter d’être logés dans un quartier éloigné du centre-ville.
Parfois, nous arrivions à Toronto dès le jeudi pour mieux savourer ce festival pas comme les autres.
Les Afro-Américains et les Antillais étaient si visibles au centre-ville de la ville Reine que nous tournions souvent en dérision l’absence des personnes blanches.
Aujourd’hui, tout a basculé. Nous nous posons la question inverse : où sont passés les Noirs qui animaient le centre-ville de Toronto durant le week-end du Caribana ?
Pour Ayana, une femme d’origine éthiopienne, qui travaille à l’hôtel Hilton, le constat est sans appel : « le Caribana est bel et bien mort depuis que les Américains ont cessé d’y participer ».
Les souvenirs les plus lointains de cette quadragénaire sont liés au Caribana et au sentiment de fierté que lui procurait ce rendez-vous annuel.
𝗟𝗲 𝘃𝗶𝗱𝗲 𝗹𝗮𝗶𝘀𝘀𝗲́ 𝗽𝗮𝗿 𝗹’𝗮𝗯𝘀𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝘁𝗼𝘂𝗿𝗶𝘀𝘁𝗲𝘀 𝗮𝗳𝗿𝗼-𝗮𝗺𝗲́𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻𝘀
Vendredi soir, après avoir déposé mes bagages à l’hôtel, j’ai décidé d’arpenter les rues du centre-ville afin de revivre les plus beaux jours du Caribana.
L’exercice était plutôt pénible : Toronto me paraissait une ville fantôme où la vie nocturne s’était arrêtée. Les rares personnes noires sur lesquelles je suis tombé n’affichaient aucun signe festif ou carnavalesque.
À l’entrée du fameux hôtel Chelsea, il y avait plus de policiers que de festivaliers. D’ailleurs, un de ces policiers a esquissé un sourire moqueur quand il a compris que j’étais à la recherche de l’ambiance qui régnait durant le week-end du Caribana.
Le restaurant Diner’s Corner, où j’avais l’habitude de prendre mon plat de Jerk Chicken, n’est plus. Les organisateurs de soirées dansantes, qui nous couvraient de dépliants publicitaires devant le centre Eaton, sont introuvables, tout comme les fêtards.
On a même l’impression que d’autres événements culturels semblent s’imposer devant le Caribana.
𝗟𝗲𝘀 𝗿𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗰𝗵𝘂𝘁𝗲 𝗱𝘂 𝗖𝗮𝗿𝗶𝗯𝗮𝗻𝗮
De cet extraordinaire week-end carnavalesque, il ne reste que le défilé, qui attire de moins en moins de festivaliers. Les chars se perdent dans une foule désintéressée. Et les trajectoires sont tellement limitées que l’on tourne en rond.

Mais comment ce carnaval, qui est considéré comme le plus grand festival caraïbéen en Amérique du Nord, peut-il tomber aussi bas ?
Plusieurs placent la COVID-19 sur le banc des accusés, et d’autres pointent le doigt vers l’absence de touristes américains.
Alors, qui dit vrai ?
Et si on disait que la jeunesse noire ne s’identifie pas autant à cette tradition annuelle qui a été créée en 1967 par des étudiants antillais ?
Il est évident qu’il s’agit d’un ensemble de choses, et il ne sera peut-être pas facile de trouver des solutions au problème.
Mais je suis sûr d’une chose : en 2027, pour son 60e anniversaire, le plus beau cadeau que l’on puisse offrir au Caribana, c’est notre présence.
Car cela nous permettrait de garder espoir de retrouver le Caribana des années 1980 et 1990.
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