Le 23 août 2026, des membres de bandes armées ont pris d’assaut le centre-ville de Kenscoff, une commune située près de Port-au-Prince. Près de 50 personnes ont été tuées dans cette lâche agression perpétrée contre des civils innocents. Et plus de 50 autres auraient été enlevées et des maisons ont été brûlées. La violence port-au-princienne dans tous ses états. Et le plus inquiétant, c’est qu’on s’y habitue.
Il y a une quinzaine d’années, la nouvelle de cette tuerie de masse aurait fait le tour de la diaspora haïtienne. Les drapeaux haïtiens en larmes auraient été omniprésents sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, le plus 𝘫𝘰𝘶𝘥𝘢 (potinier) de ceux-là.
Mon ami Bernard, le même qui m’avait annoncé le séisme du 12 janvier 2010, la mort de Jovenel Moïse et d’autres tragédies haïtiennes, m’aurait appelé en pleurs pour me faire pat de ses préoccupations à propos de notre terre natale.

Les acteurs essentiels de la communauté haïtienne de Montréal auraient été convoqués rapidement par les décideurs pour évaluer la situation. Car l’assassinat de plusieurs personnes en une si courte période est exceptionnel.
C’est un enjeu majeur, voire une urgence nationale, qui devrait susciter la préoccupation de tous les Haïtiens, y compris ceux de la diaspora.
𝗟𝗮 𝗻𝗼𝗿𝗺𝗮𝗹𝗶𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲
Or, aujourd’hui, force est d’admettre que la réalité haïtienne, qui est marquée par une violence aussi brutale que celle des macoutes des Duvalier, ne nous étonne plus.
Plus les chefs de gang et leurs soldats tuent, plus nous banalisons la mort de nos compatriotes, qui sont laissés pour compte, dans un pays où le gouvernement fait tout sauf gouverner.
Pour paraphraser l’opinion de Maurice Sixto exprimée dans son ouvrage 𝘑’𝘢𝘪 𝘷𝘦𝘯𝘨𝘦́ 𝘭𝘢 𝘳𝘢𝘤𝘦, on pourrait dire que le gouvernement d’Haïti est une prime accordée à la paresse.
Et osons dire ceci : Haïti est devenue un pays sans loi, sans ordre et sans honte.
Des corps ensanglantés jonchent quotidiennement les rues de Martissant, de Bel Air et de Croix-des-Bouquets, et nous agissons comme si de rien n’était.
Le 𝘣𝘶𝘴𝘪𝘯𝘦𝘴𝘴 𝘢𝘴 𝘶𝘴𝘶𝘢𝘭, quoi.
𝗨𝗻 𝘀𝗲𝗻𝘁𝗶𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗲 𝗿𝗲́𝘀𝗶𝗴𝗮𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻
Pour revenir au massacre de Kenscoff, les images qui ont circulé sur TikTok sont parmi les plus terrifiantes qui soient. On peut y voir les cadavres qui se sont entassés aux pieds des maisons et entendre les cris de désarroi des citoyens de cette commune où il faisait bon vivre, avant la gangstérisation de Port-au-Prince.
J’aurais préféré que ce soit mon ami Bernard qui me décrive cette situation de vive voix, en adoptant une approche philosophique et sociologique, comme il avait l’habitude de le faire, mais toujours pas de nouvelle de celui-ci.
La violence en Haïti devient un fait divers comme un autre. Malheureusement.
D’après les études du Centre mondial pour la responsabilité de protéger, entre janvier 2022 et le début de 2026, plus de 16 000 individus ont perdu la vie uniquement à cause des violences liées aux gangs et aux opérations sécuritaires.

TikTok, le fast-food du divertissement, nous inonde de ces images de cruauté, de cette violence sans fin à un point tel qu’on finit par visionner ces vidéos avec le pop-corn, la collation emblématique du 7e art.
Sauf que la nuit de terreur à Kenscoff ne représente pas un film d’horreur d’Alfred Hitchcock, mais bien une réalité que des citoyens de Port-au-Prince vivent au quotidien.
Parfois, j’ai l’impression qu’une tuerie de masse perpétrée en Californie, qui est située à environ 4 500 kilomètres de Montréal, susciterait davantage notre attention que la tragédie survenue en Haïti, le pays qui nous habite.
Bon, il faut dire que, quand les États-Unis éternuent, le reste du monde s’enrhume. Mais nous devons aussi reconnaître que nous pensons qu’il n’existe aucune solution aux problèmes d’Haïti.
D’autres pays africains, comme le Congo et le Soudan, souffrent de l’apathie diasporique. « La guerre ne finit jamais dans ces pays-là », répétons-nous machinalement les faussetés de l’Occident.
Bref, la situation haïtienne est grave : des dizaines d’enfants, de femmes et d’hommes ont été tués, plusieurs autres ont été kidnappés et sont menacés de mort.
Cela s’est produit il y a cinq jours, et les criminels continuent de défier les autorités dans la plus totale impunité.
C’est inquiétant.
Et ce qui est le plus inquiétant, c’est le fait que mon ami Bernard ne m’a toujours pas appelé pour exprimer son indignation envers ce qui s’est passé à Kenscoff.
Je vous invite à vous inscrire à l’infolettre et à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site.