Opinions

Racisme et suprématie blanche : l’hypocrisie de certains politiciens et chroniqueurs


L’escalade raciste qui suscite l’inquiétude au Québec était prévisible, et ce sont des élus et des chroniqueurs qui ont été les premiers à ouvrir la boîte de Pandore. Depuis près de six ans, ces gens-là ne cessent d’imputer les problèmes de la société québécoise à l’immigration, aux Noirs, aux Arabes, à l’islam et au multiculturalisme.

Or, lorsque Radio-Canada a dévoilé la manifestation de suprémacistes blancs, qui a été tenue samedi au parc des Vétérans à Shawinigan, ces mêmes politiciens et vedettes du monde médiatique ont été les premiers à dénoncer le rassemblement, comme des pompiers pyromanes.

Mais dans quel monde vivons-nous ?

Pourquoi ces personnes pensaient-elles qu’il était intelligent de porter des cagoules blanches et de brandir une banderole à connotation raciste, indiquant ceci : « Je me souviens d’un Québec blanc » ?

Parce qu’elles ont cru au discours de la peur de l’autre véhiculé par des politiciens qui n’hésitent pas à utiliser l’immigration comme outil de mobilisation électorale.

Vous souvenez-vous de la fois où l’ex-premier ministre François Legault a traité Gabriel Nadeau-Dubois de « woke » et que, plus tard, il a défini ce terme comme étant « quelqu’un qui voit de la discrimination partout » ?

Et la fois où Jean Boulet, le ministre du Travail, a déclaré que « 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise » ?

L’élection partielle de Terrebonne étant encore fraîche dans notre mémoire, on peut se demander pourquoi le célèbre discours de l’argent et du vote ethnique a refait surface après la victoire de Tatiana Auguste, une Québécoise d’origine haïtienne.

C’est ce qui se produit quand certains partis politiques et des chroniqueurs unissent leurs efforts pour diaboliser les Québécois issus de l’immigration : des sans-desseins, cagoulés, se réunissent dans un parc pour se remémorer la période duplessisme marquée par la « Grande Noirceur » et pour afficher leur racisme.

On se croirait aux États-Unis dans les années 1930, dans un vieux film en noir et blanc où le Noir est effacé : la ségrégation, la hiérarchie raciale, le lynchage et le Ku Klux Klan. Dans le geste de ces nostalgiques de ce « Québec blanc », je perçois une forme de mimétisme, dans lequel des abrutis, d’une manière folle et désespérée, tentent de réinstaurer les frontières raciales entre Noirs et Blancs par la violence et par l’intimidation.

L’ironie de cette histoire, c’est que certaines personnes n’hésiteront pas à déclarer que les Noirs voient du racisme partout, malgré le fait que la photo troublante de ces suprémacistes blancs a fait le tour des réseaux sociaux à travers le Canada.

Gens du Pays, dans trois semaines, soit le 24 juin, ce sera à votre tour de parler d’amour, d’indépendance et d’autres bonnes choses de la vie, mais force est de constater qu’il y a actuellement urgence de parler de racisme, car un bon nombre de Québécois ne jouissent pas de cet amour promu de si belle façon dans la chanson du poète Gilles Vignault.

Nous devons nous débarrasser de ce miroir brisé qui déforme le visage de la Belle Province.

Certes, ces suprémacistes blancs ne représentent qu’une infime partie de la population québécoise, mais leur mouvement peut s’amplifier si nous faisons semblant de ne pas les voir.

Sur les réseaux sociaux, j’ai été étonné de voir des gens évoquer la notion de coup monté pour expliquer la situation. D’autres minimisent l’événement en nous rappelant qu’il ne faut pas accorder de l’importance à des gens en quête d’attention.

Je ne comprendrai jamais cette obsession d’angéliser une société au détriment de la douleur d’une communauté, d’un groupe.

J’ai même lu des commentaires de certains internautes qui se réjouissent de ce rassemblement de la honte, sachant bien que cela est susceptible de dégénérer en violences envers les personnes noires.

Comment donc expliquer ce comportement antipathique ?

Le racisme, tout simplement.

Ne cherchons pas midi à quatorze heures, disons les choses telles qu’elles sont.

Le racisme, ce grand tabou de l’Occident, est un fléau qui se transmet de génération en génération, et se retrouve sous diverses formes dans toutes les sociétés, y compris ici, au Québec.

Et aujourd’hui, il est difficile de ne pas associer la montée du racisme dans la Belle Province à la rhétorique anti-immigration des politiciens.

Il n’est pas ici de savoir si la société québécoise est plus ou moins raciste que les autres. Il s’agit plutôt d’une quête de solution au problème afin de libérer des jeunes Noirs du Québec du profilage racial, de la brutalité policière et de l’exclusion sociale.

Je ne possède pas de données spécifiques sur la représentation de la communauté afro-descendante à Shawinigan, et encore moins à Trois-Rivières. Cependant, je me souviens du Montréal « skinheads », où des jeunes Noirs se sentaient constamment en danger.

Gens de la Communauté, nous devons exercer de la pression sur les élus pour que nos enfants soient mieux protégés.

Certes, nous pouvons exprimer notre ras-le-bol sur les réseaux sociaux, mais nous devons agir, car le moment est venu pour nous de passer de communauté opprimée et réduite au silence à communauté forte et redoutable.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

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