Culture

Michael Jackson et la femme d’origine haïtienne qui a joué un rôle central dans la popularisation du « Moonwalk »


Comme l’a dit Tom Hanks dans le film Forrest Gump (1994), la vie, c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Prenons le cas de Suzanne de Passe, une Américaine d’origine haïtienne, qui travaillait pour la maison de disques Motown. Lorsqu’elle a convaincu Michael Jackson de participer à un événement soulignant le 25e anniversaire du Motown Records, elle ne se doutait pas qu’elle contribuerait au succès du roi de la pop ainsi qu’à la popularisation du pas de danse le plus célèbre au monde.

Ce qui est aussi impressionnant, c’est que Suzanne de Passe, qui est née à Harlem, d’une mère jamaïquaine et d’un père franco-haïtien, est également celle qui a permis à Michael Jackson et à ses frères d’être signés par Motown.

Motown 25: Yesterday, Today, Forever

Mme de Passe, qui a également découvert Lionel Richie et les Commodores, n’avait que 21 ans quand elle a été engagée par Berry Gordy, le fondateur de Motown Records, en 1967. L’année suivante, elle est promue au poste d’assistante artistique, et c’est ainsi qu’elle fera la rencontre des frères Jackson, chez le chanteur Bobby Taylor, qui les avait amenés à Détroit, où se trouvait Motown.

Après avoir entendu un chant a capella des Jackson, Suzanne de Passe a insisté auprès de Berry Gordy pour que ses nouvelles trouvailles fassent partie de la grande famille de Motown, qui comptait déjà en son rang des artistes tels que Diana Ross, Smokey Robinson, Stevie Wonder, Marvin Gaye et Gladys Knight.

Pendant la période allant de 1968 à 1971, bien qu’elle fût encore très jeune, de Passe a assumé la responsabilité de Jackie, Tito, Jermaine, Marlon et Michael, les traitant comme ses propres enfants. Elle s’occupait de tout, qu’il s’agisse de leur inscription à l’école, de rendez-vous chez le médecin, de chorégraphies, de choix des vêtements pour les concerts ou des apparitions aux émissions de télé.

Or, en 1982, Suzanne de Passe devient la présidente de Motown Productions et décide de souligner le 25e anniversaire de la maison de disques en grand en réunissant tous les artistes de Motown dans un événement musical télévisé, malgré le fait que de nombreux artistes étaient allés évoluer sous d’autres cieux.

Dès le début de la planification de son projet, de Passe s’est heurtée à des obstacles considérables.

Primo, Berry Gordy était contre le projet, et Suzane de Passe a dû faire preuve d’ingéniosité pour persuader son patron d’accepter la tenue d’un tel événement.

Secundo, Michael Jackson a accepté de participer au spectacle et de chanter quelques chansons avec ses frères, mais à une seule condition : celle d’interpréter Billie Jean en solo.

Cela causait un réel problème, car Billie Jean ne faisait pas partie du répertoire de Motown, donc, nul besoin vous de dire que Berry Gordy était en total désaccord.

Une fois de plus, de Passe sort un lapin de son chapeau, et elle convainc Gordy que cela sera bénéfique pour tout le monde.

Mais ce n’est pas tout : pendant les répétitions, une lettre est arrivée par coursier interdisant à l’équipe de production d’enregistrer Billie Jean, la chanson la plus populaire du monde à l’époque. Michael Jackson voulait la chanter pour le public de l’auditorium, mais pas pour la diffusion.

Lorsque Suzanne de Passe a appris la nouvelle, elle s’est précipitée vers le roi de la pop pour lui dire ceci : « Écoute, Michael ! On va l’enregistrer et tu viendras voir le montage. Si ça ne te plaît pas, on ne l’utilisera pas ».

Comment Michael Jackson aurait-il pu refuser de se soumettre à une personne qui a tant fait pour ses frères et lui ?

Berry Gordy, Micahel Jackson et Suzanne de Passe

« Lights, Camera, Action… » Place au Motown 25: Yesterday, Today, Forevever.

Le 16 mai 1983, nous étions près de 50 millions de téléspectateurs à être rivés devant notre écran de télévision. Nous allions être témoins d’un moment charnière de l’histoire de la musique. D’« un événement qui n’arrive qu’une fois dans une vie », comme l’avait formulé le réseau NBC dans leurs bandes-annonces.

Le pas de danse qui a bouleversé le monde

Je me souviens avoir acheté des sacs de Doritos et des canettes de Pepsi pour aller regarder le spectacle chez mon meilleur ami.

Certes, les spectateurs étaient contents des retrouvailles de Smokey Robinson et des Miracles, de l’apparition de Diana Ross avec les Supremes et de voir Marvin Gaye interpréter sa chanson phare What’s Going On, toutefois, celui qu’ils attendaient le plus, c’était Michael.

Comme de fait, sous les applaudissements du public, le génie de la musique s’est présenté sur la scène avec ses frères, y compris Randy, le plus jeune. Après avoir interprété quelques-uns de leurs succès, Michael a libéré ses frères pour livrer une prestation magistrale avec sa chanson Billie Jean.

Dès qu’il a ramassé le chapeau pour le mettre sur sa tête et l’a lancé au sol après avoir effectué des mouvements de bassin et des jeux de pieds et de mains sophistiqués, on savait que Michael nous entraînait vers une autre planète, dans son monde lunaire : chaque pas, chaque geste était réglé comme une horloge suisse. Son regard perçant nous dominait, sa prestance scénique nous rassurait.

Quand Michael a fait son célèbre moonwalk, tout comme le public, mon ami et moi avons sauté de joie et de stupéfaction. Pour nous, c’était comme de voir le premier pas de l’Homme sur la Lune.

Juste après le spectacle, ma mère, qui était une grande admiratrice du roi de la pop, a appelé chez mon ami pour essayer de comprendre ce qui venait de se passer sur la scène de l’auditorium du Pasadena Civic, en Californie.

Hélas, aucune explication n’a pu être fournie, car nous avions été témoins de quelque chose que nous n’avions jamais vu auparavant.

La performance de Michael Jackson au Motown 25 était tout simplement phénoménale, et c’est indubitablement à ce moment-là qu’il a accédé au trône du monde de la musique.

Le lendemain, le nom de Michael était sur toutes les lèvres : « As-tu vu son gant blanc, sa veste scintillante, son pantalon écourté, sa glissade vers l’arrière ? »

À l’école, tout le monde essayait de faire le moonwalk, sous le regard complice des enseignants qui se montraient compréhensifs envers le mimétisme de leurs élèves.

L’empire hollywoodien était encore sous le choc : l’acteur et danseur Fred Astaire a même téléphoné à Michael pour lui faire savoir à quel point il a été impressionné par ses pas de danse incroyables.

Quelques jours après la diffusion de Motown 25 sur NBC, les ventes de l’album Thriller ont explosé : le gérant de Michael Jackson a révélé à Suzanne de Passe que la prestation du roi de la pop a contribué à la vente de quatre millions d’exemplaires supplémentaires de Thriller.

Deux semaines plus tard, soit en début de juin, les ventes de l’album avaient doublé, dépassant les 10 millions d’exemplaires vendus dans le monde et les 7 millions rien qu’aux États-Unis.

Bref, Motown 25 a propulsé Michael Jackson à un niveau que personne n’aurait cru possible pour un artiste noir, et, aujourd’hui, il importe de saluer le travail accompli par Suzanne de Passe.

Car, de toute évidence, Michael Jackson n’est pas celui qui a donné naissance au moonwalk, mais grâce à la ténacité et à l’approche visionnaire de Suzanne de Passe, le roi de la pop a immortalisé ce pas de danse.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

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