Pour son dixième anniversaire, c’est sous le thème « La fin d’une ère » que s’est placé le Gala Dynastie, qui s’est tenu au Théâtre Maisonneuve à la Place des Arts, le samedi 11 avril. Une énergie particulière animait les spectateurs et les curieux venus se rassembler pour applaudir leurs artistes préférés pour une dernière fois. Mais était-ce vraiment la dernière danse de cet événement annuel qui met en lumière l’excellence noire ?
Comment entrer dans le vif du sujet autrement qu’en évoquant l’engouement pour le très populaire Black Carpet (tapis rouge) ?
La fin d’une ère, mais pas la fin de l’histoire
Cette année, le pouvoir d’attraction du Black Carpet a été de deux à trois fois supérieur à celui des années précédentes. Parmi les invités d’honneur qui ont foulé le tapis emblématique figurent notamment le ministre Christopher Skeete, le scénariste Henri Pardo, la comédienne Catherine Souffront et le conseiller municipal Josué Corvil.
Il serait plus simple de citer les personnes prééminentes de la communauté noire qui n’ont pas assisté au Gala Dynastie. En effet, l’élite culturelle et politique s’était donné rendez-vous samedi soir pour célébrer la Fin d’une ère.

Vers 20 h 15, Carla Beauvais, la cofondatrice de ce gala lancé en 2016, est montée sur scène, et, de manière instinctive, tout le monde s’est levé pour lui manifester de l’affection par des cris de joie et des applaudissements.
Étant donné que j’étais préoccupé par des notes que je prenais pour la rédaction de ce texte, je suis resté assis. Mais après qu’une spectatrice m’a dévisagé avec un regard expressif, me laissant savoir que la reine était là, je me suis conformé. Comme tout le monde, j’applaudissais Carla avec l’espoir de l’entendre dire que ce n’était pas la fin du Gala Dynastie, qu’il s’agissait d’un poisson d’avril en retard, d’une blague pour tester notre amour pour ce rendez-vous annuel.
Avant d’aborder ce sujet de grande importance, laissez-moi vous raconter comment le légendaire groupe Muzion a fait vibrer le Théâtre Maisonneuve avec sa mythique chanson La vi ti nèg.
Après avoir reçu le Grand Prix Dynastie-Musique, la rappeuse J.Kill, de son vrai nom Jenny Salgado, a tenu à remercier Carla Beauvais, et a expliqué à quel point la vie était difficile pour les Noirs, et que malgré les nombreux combats, ceux-ci marchent vers la victoire.
« Dramatik et Imposs, merci d’avoir été les deux grands hommes dans ma vie. Sans vous, je ne serais pas l’artiste que je suis aujourd’hui », a déclaré la rappeuse aux deux autres membres du groupe Muzion, qui a été créé en 1996.
Cette année, la présence de la communauté noire anglophone était fort remarquée dans cet événement rassembleur. Michael Farkas est venu présenter le Grand Prix Dynastie-Héritage à la famille du défunt Egbert Gaye, journaliste et fondateur du journal Montreal Community Contact.
« C’est très difficile de parler de mon père, car nous étions si proches », a dit son fils, Emar Mitchell, encore ému par la chanson I Look To You, interprétée en mémoire de son père.
« Résistez, résistez, résistez ! » Cette phrase, prononcée par le lauréat du Grand Prix Dynastie-Littéraire, Rodney Saint-Éloi, fut sans doute la plus politisée de cette cérémonie de remise des prix. Notons également que la chroniqueuse Émilie Nicolas a rendu un bel hommage au fondateur de la maison d’édition Mémoire d’encrier.
Présenté par l’organisateur d’événements Rickey D, Duke Eatmon, qui a reçu le Grand Prix Dynastie-Radio, a démontré sa polyvalence lorsqu’il est apparu sur scène avec une guitare pour accompagner le chanteur Danny Blanco-Hall, qui interprétait des chansons de Prince, notamment Kiss.
« Carla est notre Harriet Tubman. Levez-vous pour elle », a demandé Duke Eatmon au public, qui a ainsi accordé une autre ovation debout à Carla Beauvais.


Carla Beauvais et les défis du Gala Dynastie
Mais pourquoi le public manifeste-t-il ce témoignage de gratitude incessant en faveur de Carla Beauvais ?
Il serait plus approprié de se poser la question suivante : combien de membres de la communauté noire, actifs dans les domaines des arts, des médias et de la culture, auraient-ils obtenu une reconnaissance pour l’excellence de leur travail sans la tenue du Gala Dynastie ?
Et que dire de la location du prestigieux Théâtre Maisonneuve, année après année, pour nous permettre de nous sentir importants ?
L’organisation de ce gala grandiose implique un coût économique, et c’est ce que Carla a voulu exprimer lorsqu’elle est montée sur scène au début de la soirée. Marjorie Morin-Lapointe, cofondatrice de la Fondation Dynastie, et elle font un excellent travail pour maintenir la cadence dans un milieu marqué par des défis financiers, mais la compétence et le dévouement ne suffisent pas.
Le soutien financier de plus de bailleurs de fonds s’avère nécessaire, car la Fondation Dynastie aimerait aller un peu plus haut, un peu plus loin.
Gens de la Communauté, c’est le temps d’agir si vous tenez au Gala Dynastie !


Je tiens à saluer le travail de Natyf TV, qui est toujours fidèle au rendez-vous. Pour ceux et celles qui ont manqué cette belle soirée, Jean-Yves Roux, le fondateur de cette chaîne de télévision, m’a confirmé qu’il y aura rediffusion.
Ainsi, vous pourrez voir la performance du rappeur Shreez, suivre le discours de Keithy Antoine, qui a finalement remporté un prix, sans oublier l’hommage qui a été rendu à Lugentz Dort, Bennedict Mathurin et Chris Boucher, joueurs de la NBA.
Et c’était électrisant et émouvant de voir les bénévoles monter sur scène pour accompagner Carla Beauvais et son équipe pour leur dernier au revoir.
Bref, cette soirée magique, remplie d’émotions et de souvenirs, a été longue, beaucoup plus longue qu’à l’habitude. Mais comme l’a dit Carla, pour décrire les dix années de combat du Gala Dynastie, maudit que ça a valu la peine.
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