En 1802, afin de venir à bout de la rébellion des esclaves haïtiens, Napoléon Bonaparte envoya près de 5000 mercenaires polonais rejoindre les forces françaises à Saint-Domingue (Haïti). Une fois sur place, ces Polonais, qui espéraient recevoir le soutien de la France pour libérer la Pologne, se sont rendu compte qu’ils devaient affronter des Africains réduits à l’esclavage luttant pour leur liberté face aux maîtres blancs.
Au grand étonnement de l’armée française, plusieurs de ces Polonais se retournèrent contre elle, rejoignant ainsi les Haïtiens.
Pire, même les Polonais qui étaient restés fidèles à l’armée de Napoléon refusèrent d’exécuter les prisonniers haïtiens capturés.

Après l’indépendance d’Haïti, Jean-Jacques Dessalines, le père de la nation, a épargné les Polonais du massacre de la plupart des Blancs français sur l’île. Pour souligner la fraternité entre Polonais et Haïtiens, Dessalines qualifiait ses nouveaux alliés de « Nègres blancs d’Europe » (clin d’œil à Pierre Vallières) et leur a accordé la citoyenneté haïtienne.
Et en 1792, l’abolitionniste français Léger-Félicité Sonthonax, qui était envoyé à Saint-Domingue comme commissaire civil, avait fait le même coup à la France en s’alliant aux rebelles haïtiens. Il leur avait même conseillé de ne jamais rester loin de leurs armes, s’ils voulaient préserver leur liberté après l’abolition de l’esclavage.
À l’époque, les Haïtiens appelaient ces alliés : « Les bons Blancs ». Et osons le dire : sans l’aide de ces gens bienveillants, il est possible que « 1804 » n’eût jamais existé, que Capois-la-Mort et l’armée haïtienne n’eussent jamais connu la victoire à Vertières.

Et quand on y pense bien, ici même, au Québec, la lutte contre le racisme et la xénophobie n’aurait pas autant d’effets sans la contribution de personnes blanches qui s’élèvent régulièrement contre les injustices et les inégalités dans notre société.
Je pense notamment au professeur Ted Rutland, à Stéphane Tessier, à Marie Brodeur Gélinas, à Mathieu Léonard, à Serge Jean Laviolette et à la professeure Marie-Noëlle Ryan, qui, depuis le Nouveau-Brunswick, pose un regard touchant sur les droits des communautés noires et autochtones.
Je pense également à la psychiatre Marie-Eve Cotton et l’historien Alexandre Dumas, qui se font traiter quotidiennement de « woke », de gauchiste extrême en raison de leurs prises de position sur les injustices sociales et raciales sur Facebook.
Toutes ces personnes que j’ai nommées reconnaissent que le racisme et la suprématie blanche sont des problèmes créés et perpétués par des personnes blanches.
Elles savent que ce fléau qui mine l’harmonie sociale ne concerne pas que les Noirs.
Plus important encore, nos alliés savent qu’être antiraciste va au-delà du simple soutien. Elles s’opposent fermement à la suprématie blanche sous toutes ses formes et œuvrent activement à la démolition du racisme systémique.
Par exemple, sur Facebook, il m’arrive souvent de tomber par hasard sur des commentaires de Stéphane Tessier, de Marie-Noëlle Ryan et de Marie Brodeur Gélinas, de Serge Jean Laviolette qui argumentent contre le racisme et la xénophobie sous certaines publications de gens pas trop gentils envers les Noirs.

Pourtant, pour une raison que je ne m’explique pas, nous parlons peu ou pas du tout de ces gens-là, de celles et ceux qui ne sont pas Noirs, mais qui défendent la cause noire avec fermeté.
La réalité, c’est que, lorsqu’on est constamment opprimé, on a tendance à ne se concentrer que sur ses oppresseurs. C’est compréhensible, voire humain. Mais ce qui est aussi humain, c’est de vouloir remercier ceux et celles qui démontrent un soutien indéfectible à sa cause.
En fait, non, je ne crois pas que nos alliés accepteraient d’être remerciés pour ce qu’ils considèrent peut-être comme la chose à faire pour renforcer la cohésion sociale.
En d’autres mots, Gens de la Communauté, nos alliés agissent par pur désintéressement, et c’est ce qui magnifie leur altruisme.
Depuis l’élection partielle de Terrebonne, qui a été remportée par Tatiana Auguste, j’ai décidé d’accorder un peu plus d’attention aux commentaires favorisant le respect de l’autre dans sa différence sur les réseaux sociaux.
Et l’histoire du suprémacisme blanc à Shawinigan m’a également permis de constater la présence de la bienveillance. Elle est bel et bien là, il faut simplement lui accorder de l’attention.
Il ne s’agit pas d’ignorer le racisme et la xénophobie, mais bien de reconnaître la contribution de nos alliés.
Et, comme l’a mentionné un lecteur à la suite de ma publication sur le racisme et la suprématie blanche, l’amour est beaucoup plus fort que la haine.
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