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Juin 1979 : date du premier acte raciste et violent de policiers de Montréal à l’égard des Haïtiens


Le 20 juin 1979, de jeunes gens de la communauté haïtienne discutaient paisiblement après une partie de football (soccer) dans le parc Sainte-Bernadette, situé sur la rue Bélanger, entre les boulevards Saint-Michel et Pie-IX. Tout allait bien jusqu’au moment où des dizaines de policiers du poste 51, de la CUM (aujourd’hui SPVM), ont envahi le parc pour assener des coups de bâton aux jeunes Haïtiens.

Sans raison valable, sans même utiliser le célèbre prétexte du suspect noir qui ressemble à la personne interpellée, les policiers ont ordonné à ces jeunes de quitter les lieux.

Le concept xénophobe de « remigration »

En fait, il y avait une raison, et ce n’était nulle autre que la couleur de peau des victimes de ces policiers.

La situation était tellement grave que des personnes ont alerté le défunt journaliste Jean-Claude Leclerc et le directeur du Bureau de la communauté chrétienne des Haïtiens de Montréal (aujourd’hui BCHM), Paul Déjean, qui n’a pas tardé à se rendre sur les lieux.

Comme l’avait rapporté Jean-Claude Leclerc dans Le Devoir, les agents de paix ont même interdit aux Noirs de rester sur le trottoir et ont arrêté ceux qui désobéissaient à leurs ordres racistes et illégaux.

Ces policiers sont même entrés dans le restaurant haïtien Chez Marlène pour arrêter et insulter des personnes qui s’étaient réfugiées dans le restaurant.

Le restaurant Chez Marlène au début des années 1980

« Si vous n’êtes pas d’accord, retournez à Fort-Dimanche », ont-ils lancé à ceux qui exprimaient leur mécontentement, comme si tous les citoyens haïtiens avaient été enfermés dans cette prison infernale qui a été rendue célèbre par les Duvalier.

Lorsqu’un de ces Haïtiens, un certain Molière Théard, a revendiqué sa nationalité canadienne, une dizaine de policiers l’ont poursuivi dans le restaurant et l’ont roué de coups de matraque, sous le regard désapprobateur de quatre femmes blanches qui dégustaient un plat haïtien.

« On entendait le bruit des matraques sur sa tête; c’est à avoir honte d’être Canadien », a dit l’une de ces femmes.

« Ils s’en prennent à lui parce qu’il revendique d’être Canadien », a ajouté l’autre.

Malgré le fait que M. Théard se trouvait dans un état lamentable, défiguré par cette agression illégale, les policiers l’ont amené au poste et l’ont relâché nuitamment.

Ce qui a rendu la turpitude de ces agents de paix encore plus désinvolte, c’est lorsqu’ils ont ordonné aux clients : « Que personne ne dise un mot ! »

Pire encore, deux jeunes policiers ont engueulé une dame haïtienne qui tenait son petit enfant par la main en lui criant sur un ton raciste et xénophobe : « On n’est pas allé vous chercher. »

Les chauffeurs de taxi haïtiens « ne l’ont pas eu facile »

Ces violences physiques et psychologiques ont duré près d’un mois. Beaucoup des victimes étaient des chauffeurs de taxi et des nouveaux arrivants, qui essayaient de fuir le racisme et l’exclusion sociale en s’adonnant au football, le sport national de leur pays d’origine.

Ces Haïtiens, ces Montréalais qui avaient la peau noire, ne pouvaient pas rester dans le parc, marcher sur le trottoir ou même parler, sous menace d’arrestations et de matraquages sauvages.

Qu’il me soit permis de mettre en contexte certains éléments vous permettant de mieux comprendre le profil démographique et social des lieux du crime de ces policiers.

Le restaurant Chez Marlène appartenait à la femme de Jean Aurélien, un homme d’affaires d’origine haïtienne, qui était étroitement impliqué dans le championnat de la ligue haïtienne de soccer.

La maison et le restaurant de la famille Aurélien étaient situés près du parc, donc des chauffeurs de taxi ainsi que des jeunes adultes adeptes du ballon rond se réunissaient paisiblement dans le quadrilatère compris entre les rues Bélanger, 17e, Shelley et 20e.

Et c’est sans oublier le Bureau de la communauté chrétienne des Haïtiens de Montréal (BCHM), qui était situé sur la rue Marquette, coin Bélanger, et De France, un marché de produits haïtiens, qui se trouvait juste à côté.

Est-ce que les agents de police ont été agacés par l’augmentation de personnes noires dans le quartier Rosemont ?

Peut-être.

Néanmoins, ce que je peux affirmer avec certitude, c’est que le lien de confiance entre la communauté haïtienne et les forces de l’ordre de Montréal était rompu depuis l’affaire du parc Sainte-Bernadette.

Par exemple, quelques semaines après ce triste événement, étant donné que nous habitions sur la rue Bélanger, mon frère, un voisin et moi étions terrorisés à l’idée de marcher sur la rue pour nous rendre au camp d’été du Bureau de la communauté chrétienne des Haïtiens de Montréal.

Il faut comprendre que l’attaque gratuite des policiers contre les membres de la communauté haïtienne de Montréal était accompagnée d’un racisme sans précédent, comme l’avait exprimé Jean-Claude Leclerc dans son article, paru le 23 juin 1979, dans Le Devoir.

Cet allié des Haïtiens avait en quelque sorte prophétisé le démantèlement de l’équipe de policiers du poste 51, à Montréal-Nord.

« Mais on croyait qu’à Montréal au moins, pareil fléau nous serait épargné. Or, il ne le sera pas à moins qu’un coup de frein radical soit promptement mis à ce genre de chasse aux Haïtiens. On n’ose trop demander une enquête cependant », avait philosophé le défunt, qui nous a quittés le 14 janvier 2023.

À quand la tenue d’une enquête public ?

Avant que le chef de police Fadi Dagher ait décidé de donner un réel «coup de balai » au sein du SPVM, de nombreux actes d’injustice et de racisme ont entaché l’image de la métropole.

Au début des années 1980, les policiers harcelaient constamment les chauffeurs de taxi haïtiens, qui devaient aussi composer avec des clients blancs qui les rejetaient et des compagnies de taxi qui utilisaient toutes sortes de prétextes pour les congédier.

De 1987 à 1991, trois jeunes Noirs, Anthony Griffin, Marcellus François et Presley Leslie, tomberont sous les balles de policiers qui, en raison de l’absence d’enquête publique sur leurs activités racistes et criminelles, semblent avoir banalisé la chasse aux hommes noirs.

Pas d’enquête publique.

Et aujourd’hui, on apprend que des policiers du SPVM continuent de perpétuer le racisme et la chasse aux personnes noires, et qu’un grand dombre d’agents du poste 51, à Montréal-Nord, prennent plaisir à déshumaniser, chosifier et humilier les membres des communautés noires et arabes.

Mais toujours pas d’enquête publique.

Est-ce que la métropole redoute que les vérités difficiles à entendre soient dévoilées par son miroir ?


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

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