En ce qui concerne la controverse entourant le mot nègre et les BAFTA, les récompenses britanniques du cinéma, d’un côté, j’éprouve de la compassion pour les gens qui sont atteints du syndrome de Gilles de La Tourette. Et de l’autre, j’en ressens davantage pour les personnes qui, depuis plus de 400 ans, sont chosifiées et animalisées par un groupe défendant la hiérarchisation des êtres humains. Ainsi donc, je me permets de paraphraser la formule de James Baldwin pour dire aux BAFTA et à la BBC que l’acteur Michael B. Jordan n’est pas leur nègre.
Delroy Lindo ne l’est pas non plus, d’ailleurs. En réalité, aucun Noir, qu’il s’agisse d’un Américain, d’un Haïtien ou d’un Guinéen, n’est le nègre de quiconque.
Le manque de respect pour le Mois de l’histoire des Noirs
Pour vous mettre en contexte, lors de la cérémonie de remise de prix Bafta, le 22 février, John Davidson, touché par le syndrome de La Tourette, a lancé l’insulte par excellence de l’esclavage, de la colonisation et du racisme (Nigger), lorsque Michael B. Jordan et Delroy Lindo, deux acteurs noirs, présentaient un prix.
Plusieurs ont salué le professionnalisme des deux acteurs, qui ont su garder leur sang-froid dans cette situation humiliante et offensante.
Et le comble de la grossièreté de cette soirée embarrassante : après la cérémonie, John Davidson aurait lancé à deux autres reprises le mot nègre à deux femmes noires qui quittaient les lieux.
Il importe de savoir que le syndrome de La Tourette est une maladie neurologique caractérisée par des tics moteurs et vocaux, souvent précédés d’une tension interne qui les rend presque impossibles à retenir complètement.
Dans ce cas, bien qu’il n’ait pas présenté ses excuses pour sa désinvolture, on peut comprendre John Davidson, qui a inspiré les personnages principaux de la comédie dramatique I Swear, pour laquelle l’acteur Robert Aramayo a été récompensé lors de la cérémonie.
Cependant, le comportement de la BBC, qui a diffusé les prix BAFTA environ deux heures plus tard, est inacceptable.
Le plus ancien radiodiffuseur national du monde aurait dû retirer l’insulte raciale de la retransmission de la plus prestigieuse cérémonie cinématographique britannique, comme il l’a fait avec d’autres propos qui ne « cadraient pas avec leurs valeurs ».
Or, la BBC n’a pas jugé nécessaire de masquer les insultes racistes lancées à l’endroit des deux acteurs noirs, tout comme l’administration Trump a cru que c’était intelligent de publier une vidéo où on voit Barack Obama, premier président noir des États-Unis, et son épouse Michelle Obama sur des corps de singe.
L’ironie de la chose, c’est que ces actes racistes et inhumains ont été perpétrés durant le Mois de l’histoire des Noirs. C’est vous dire l’indifférence totale que plusieurs affichent à l’égard de la cause des Noirs.


La BBC aurait-elle oublié que le mot nègre était le dernier mot que de nombreux Noirs ont entendu avant leur assassinat au cours de l’histoire ?
Ne sait-elle pas que c’est le mot blessant que beaucoup d’enfants noirs entendaient dans les cours d’école, dans le métro et dans des événements organisés par des Blancs ?
Avant de prendre la décision de ne pas censurer le mot nègre, les dirigeants de la BBC (British Broadcasting Corporation) auraient-ils dû penser aux sévices physiques et psychologiques que leurs ancêtres ont infligés aux esclaves de la Jamaïque, de Sainte-Lucie ou de la Barbade ?
À cette dernière question, je réponds oui.
Mais malheureusement, l’affairisme de ces gens-là ne leur permet pas de distinguer le bien du mal, le juste de l’injuste, donc créer une attention médiatique sur le dos des Noirs est tout à fait normal pour eux.
Le « fruit défendu » de certaines personnes blanches
Le comble de l’absurdité, c’est de voir des personnes blanches qui trouvent injuste que les rappeurs noirs aient le droit de prononcer le mot nègre, mais pas elles.
Il y a quelques années, j’ai passé plus de deux heures à discuter avec trois connaissances blanches de la réappropriation subversive et du mot nègre représentant une bombe atomique dont disposent les Blancs qui désirent réduire une personne noire au statut de sous-homme.
Or, aujourd’hui, j’insiste sur la nécessité de ne pas perdre son temps à expliquer à une personne adulte que l’empathie est une condition sine qua non pour ce qu’on appelle le « Bien vivre ensemble ».
Autrement dit, les personnes blanches qui s’attachent à l’utilisation du mot nègre, et qui refusent de se mettre à la place des personnes noires pour comprendre leurs douleurs, leurs sentiments et leurs émotions font preuve d’un manque d’empathie qui est liée au racisme.
Et ces personnes-là représentent un danger public.
Ainsi, vous me permettrez de conclure en posant la question suivante : à quand la criminalisation de certains actes racistes en Occident ?
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