Opinions

Thélyson Orélien : une déception aussi amère que celle causée par Ben Johnson


Lors de la 18e édition de la Journée du livre haïtien, qui s’est tenue au Centre N A Rive, à la fin du mois d’août, j’avais abordé le sujet avec l’enseignant et auteur Stephane Bellamy : « Steph, ne penses-tu pas que certaines personnes seraient tentées par l’intelligence artificielle pour écrire un livre ? », lui avais-je demandé. Pendant un bref moment, nous avions exprimé notre inquiétude devant la conquête artificielle du monde littéraire par des machines. Et ce qui devait arriver arriva : quelques semaines plus tard, le soupçon de la présence d’IA pèse sur le roman de l’heure, C’était ça ou mourir.

Et hier, le 21 octobre, les Éditions du Boréal ont rompu leur lien avec l’auteur de l’œuvre qui avait charmé le monde en raison d’éléments prouvant l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Ça fait mal.

𝗟’𝗮𝗳𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗕𝗲𝗻 𝗝𝗼𝗵𝗻𝘀𝗼𝗻, 𝘂𝗻 𝘀𝗰𝗮𝗻𝗱𝗮𝗹𝗲 𝗱𝗲 𝗱𝗼𝗽𝗮𝗴𝗲 𝗵𝗮𝘂𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗺𝗲́𝗱𝗶𝗮𝘁𝗶𝘀𝗲́

En réalité, cette histoire me fait replonger à la fin des années 1980, lorsque le sprinter Ben Johnson a perdu sa médaille d’or pour cause d’utilisation de stéroïdes anabolisants aux Jeux de Séoul, en 1988.

Cette nouvelle était pénible pour tous, malgré le fait que les exploits de l’athlète canadien suscitaient des soupçons de dopage.

Chaque fois que des amis et moi le croisions sur les pistes d’athlétisme ou dans les hôtels où les athlètes étaient logés lors des championnats canadiens, nous pouvions flairer les produits dopants, qui étaient caractérisés par le gigantisme de sa masse musculaire, mais nous refusions de croire qu’il trichait, que son chrono de 9,83, un record mondial au Championnat du monde à Rome, en 1987, a été possible grâce au stanazol.

Jeunes et croyants à la domination de Ben Johnson que nous étions, nous nous sommes dit que, de toute façon, l’Américain Carl Lewis, son grand rival, était lui aussi dopé.

Tout cela pour vous dire que j’avais prévu une controverse causée par l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le monde littéraire, mais je ne pensais pas qu’un Québécois, qu’un « natif natal » serait au cœur de ce scandale.

Au bout du compte, cette affaire se résume ainsi : Thélyson Orélien a abordé un sujet chaud (l’immigration), qui provoque l’ire de gens de l’extrême droite, armés de l’idéologie de la hiérarchie raciale, qui visent particulièrement les personnes noires, mais l’auteur

𝗟’𝗲́𝗰𝗿𝗶𝘁𝘂𝗿𝗲 𝗮𝘃𝗲𝗰 𝗹’𝗜𝗔, 𝘂𝗻 « 𝘁𝗿𝗶𝗽 𝗮̀ 𝘁𝗿𝗼𝗶𝘀 » 𝗽𝗲𝗿𝘃𝗲𝗿𝘀

déchu leur a livré sur un plateau d’argent des munitions qu’ils recherchaient désespérément.

Depuis l’apparition de ChatGPT il y a près de trois ans, l’IA se faufile discrètement dans notre quotidien, plus particulièrement dans les réseaux sociaux.

Et chacun est libre d’utiliser l’IA comme bon lui semble.

Autrement dit, je n’ai aucun problème à ce qu’un tel ou une telle ait recours à ChatGPT pour la rédaction d’un courriel ou même d’un texte sur les réseaux sociaux.

Cependant, écrire un roman avec l’IA et remporter des prix prestigieux grâce à celle-ci représente une ligne à ne pas franchir.

C’est se doper comme Ben Johnson l’a fait.

Plus que tout autre chose, c’est l’assassinat de la culture par l’intelligence artificielle.

Personnellement, je ne suis pas intéressé par des écrits générés par l’IA, ou encore, par de la musique produite par cette forme d’intelligence.

Pour moi, rien ne se compare au plaisir d’écrire, de jouer avec les mots, de se casser la tête pour trouver la bonne formulation. Relire mes textes afin de changer certaines tournures me procure un effet presque orgasmique.

Cette jouissance, je refuse de la partager avec une machine. Pas de place pour un « trip à trois » dans l’amour qui existe entre l’Écriture et moi.

Vous pouvez me trouver vieux jeu, mais ça, c’est moi, qui n’enregistre pas les numéros de téléphone des membres de ma famille, de mes amis et de certaines institutions financières. Je les enregistre dans ma tête.

En d’autres mots, j’aime réfléchir, faire des calculs, faire des erreurs, et les corriger par la suite.

Mais, plus que tout, j’aime l’humanité.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

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