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Quand Mark Carney remet les pendules à l’heure, les Noirs et les Autochtones se réjouissent


Il était minuit moins une pour la planète Terre lorsque Mark Carney s’est présenté à Davos dans le cadre du Forum économique mondial, mardi 20 janvier. Devant les dérives anticonstitutionnelles et les fantasmes expansionnistes de Donald Trump, le monde « dormait au gaz » et faisait semblant de ne pas voir que tout ne tourne pas rond. Certes, le discours du premier ministre Mark Carney ne sauvera pas le monde, mais il nous permettra de remettre nos pendules à l’heure.

Pour paraphraser le slogan publicitaire de la bière Miller, disons allègrement « It’s Carney Time ».

Un discours historique

Quel que soit notre bord politique, que l’on soit libéral, conservateur, démocrate, républicain, ou même trumpiste, on ne peut pas rester indifférent à ce discours historique prononcé par le premier ministre canadien, à ce moment de vérité.

On tombe facilement sous le charme de ses paroles, qui ont été choisies avec soin, en particulier la référence à « ceux qui ne sont pas à la table, mais qui sont au menu ».

Mark Carney lors de son passage au Forum économique mondial

On pourrait conclure qu’à la rédaction de son allocution, Mark Carney a tenté de faire preuve de diplomatie en euphémisant les maux de notre société, mais qu’il s’est dit « f**k it », je dois dire la vérité sur les turpitudes de Donald Trump, tout en taisant son nom pour ne pas lui accorder l’attention qu’il recherche.

« La puissance des moins puissants commence par l’honnêteté », nous a fait savoir le premier ministre.

Ne dit-on pas que la vérité est le pilier de la démocratie ?

La question qui se pose est donc la suivante : que s’est-il passé dans la culture occidentale pour que les gens ferment les yeux sur des actes d’injustice comme ceux perpétrés par l’ICE, cette milice de l’immigration aux États-Unis ?

Depuis que Trump a repris le pouvoir l’an dernier, la Terre semble tourner sur elle-même à une vitesse nettement supérieure à celle d’habitude.

Tout va tellement vite que ce qui était inacceptable en Occident il n’y a pas si longtemps est devenu normal : violence politique, dérives fascistes et climat d’impunité et de non-respect de la législation en vigueur.

Par exemple, un chef d’État peut ordonner le kidnapping d’un autre chef d’État d’un pays souverain, dans l’indifférence générale. Et il peut lui arriver aussi de dévoiler publiquement les territoires qu’il aimerait annexer.

De plus, les politiques tarifaires ont suscité le doute et l’incertitude économique dans de nombreux pays.

Un problème qui n’est pas nouveau

Que reste-t-il à dire, sinon que Donald Trump représente une réelle menace pour la société, et que Mark Carney a mis le doigt sur ce problème avec brio ?

Force est de reconnaître que ce problème n’est pas nouveau, mais la situation est devenue plus critique, plus étendue, car elle touche aujourd’hui la population blanche.

Cela fait longtemps que des leaders noirs, comme Martin Luther King et Marcus Garvey, en parlent, mais les gouvernements ont préféré faire la sourde oreille aux préoccupations des communautés noires, que ce soit au Canada ou aux États-Unis.

Quand Malcolm X dénonçait le racisme systémique et structurel de l’Amérique, on le traitait de fou, de violent, de va-nu-pieds qui voulait instaurer le communisme dans le pays de George Washington.

Donc, comme vous pouvez le constater, cela fait des années que les Noirs et les Autochtones sont au menu des grands mangeurs, ou plutôt des puissances de l’Amérique du Nord.

En 2020, lorsque le meurtre de George Floyd a dirigé les projecteurs sur le problème des inégalités, on pensait que les communautés noires seraient invitées à prendre place à la table pour parler de discriminations et d’injustices, mais ça n’a pas été le cas.

Il fallait détenir les privilèges des Blancs pour s’asseoir à la même table que les puissances évoquées par Mark Carney. En d’autres mots, les privilégiés de la société américaine n’ont pas voulu retirer leurs enseignes.

Or, six ans plus tard, avec l’affaire Renee Good, cette femme blanche qui a été tuée par un agent de l’ICE, les Blancs de l’Amérique semblent comprendre qu’il fallait s’unir aux autres pour lutter contre l’injustice.

Le courage de Mark Carney

Donc, dans le contexte actuel de la fugacité des droits de la personne, le discours de Mark Carney prend tout son sens. Il a dit tout haut ce que pensent les autres tout bas, à Davos, devant d’autres chefs d’État.

Notre premier ministre a frappé fort.

La preuve que son allocution a été percutante, mercredi 21 janvier, lors de la prise de parole de Donald Trump, est que celui-ci a déclaré que le premier ministre canadien n’était pas reconnaissant et que le Canada vit grâce aux États-Unis.

La réaction du locataire de la Maison-Blanche a été similaire à celle d’un boxeur qui reçoit un lourd crochet par son adversaire, et qui, pour minimiser l’impact du coup, agit de manière étrange sur le ring.

Les Canadiens peuvent être fiers de leur premier ministre, car ils n’ont pas vu un tel courage politique depuis Pierre Elliott Trudeau. Non, je mens. Il y avait également Brian Mulroney et Jean Chrétien, qui avait dit non à George W. Bush au sujet de la guerre en Irak.

Au Forum économique mondial de Davos, mardi, Mark Carney a montré à son peuple qu’il avait le courage et la vision d’un grand leader et qu’il n’hésiterait pas à aller au bout de ses convictions politiques, même dans les cas où cela nuirait à sa cote de popularité.

Parlant de popularité, si la tendance se maintient, Mark Carney obtiendra le gouvernement majoritaire qu’il désire tant pour mieux diriger le pays.

Verba volant, scripta manent : cela signifie que les paroles s’envolent, les écrits restent. Cependant, ce magnifique discours prononcé par le premier ministre Mark Carney restera gravé dans nos mémoires.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

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