Opinions

Luguentz, Michaël, Fatima et l’influence des Haïtiens sur la culture québécoise


J’ai beau chercher d’autres groupes qui font vibrer la métropole autant que les Haïtiens le font, je ne parviens pas à les trouver. Je ne dis pas cela en tant qu’Haïtien, mais bien en tant que Montréalais qui tient à la citadinité de sa ville ainsi qu’au développement social et culturel de celle-ci. La communauté haïtienne est en train de remettre Montréal sur la mappe, et il faut le reconnaître.

La semaine qui vient de passer restera gravée dans la mémoire des membres de la communauté haïtienne, et elle permettra à certaines personnes de prendre conscience de l’haïtianité de Montréal.

Si Boston ne craint pas d’afficher son côté irlandais, pourquoi Montréal devrait-il occulter l’influence qu’ont les Haïtiens sur son territoire ?

Oui, nous en sommes rendus là, n’en déplaise à ceux et celles qui ont peur du changement.

Le roi Luguentz Dort

Jeudi 21 août. Il était 16 h quand j’ai décidé de me connecter à mon compte Facebook. Sans grand étonnement, je me suis rendu compte que Luguentz Dort, le nouveau roi de Montréal, siégeait en majesté sur le réseau social le plus populaire au monde.

Le Nord-Montréalais d’origine haïtienne venait de transformer son ancien quartier en un grand carnaval haïtien, et les internautes se sont empressés de diffuser les images de ce moment inoubliable.

Par exemple, je tombe sur la page de Radio Dyol, j’aperçois le roi Luguentz, qui est bien assis sur son trône, ou plutôt dans une Lamborghini, entouré de son peuple qui l’aime, qui l’adule et qui le respecte.

J’ai décidé de consulter la page de l’animateur Kevin Calixte pour en avoir le cœur net, là encore le même constat : le champion Luguentz Dort et la bande Rarajazz de Montréal ont mis Montréal-Nord sens dessus dessous.

Petits et grands voulaient le toucher et prendre un selfie avec lui.

Les images de l’intimité entre le peuple et son roi tenant sa couronne (le trophée Larry O’Brien) étaient si belles à voir que le Thunder de Oklahoma City, l’équipe de Lugentz Dort, les a publiées sur sa page Facebook.

« When Lu returns home, the whole city of Montreal is right there with him », peut-on lire sur ce site.

Oui, en effet, quand Luguentz Dort revient à la maison, les Montréalais se rassemblent pour l’acclamer.

Ce qui a le plus retenu mon attention, c’est lorsqu’il est monté sur scène et a pris le micro pour dire en créole : « Monreyal Nò, sakapfèt la ? »

La mairesse de Montréal-Nord, Christine Black, avait compris ce néologisme haïtien « Sakapfèt ». Ceux et celles qui participaient à cette célébration l’avaient compris. Bref, la plupart des Montréalais connaissent cette locution.

Et c’est l’exemple parfait que les Haïtiens ont une influence positive sur la culture québécoise.

Bien que j’aie regretté de ne pas avoir participé au « carnaval Luguentz Dort », j’ai tenu à lever mon chapeau aux organisateurs et organisatrices de l’événement, et je me suis dit : pas grave, il y a toujours demain.

Quand Michaël Brun rassemble des gens provenant de divers horizons

Vendredi 22 août. Chose dite, chose faite, je me suis laissé emporter par l’énergie remarquable du DJ et producteur Michaël Brun, avec son spectacle intitulé « Bayo », au parc Jean-Drapeau.

Pour être franc avec vous, le spectacle de vendredi dernier n’était pas aussi bon que celui qu’il avait donné à la salle de concert MTELUS, en 2023. Mais en regardant autour de moi, j’ai constaté qu’il y avait quelque chose de spécial.

Quelque chose qui correspond aux principes de la musique, qui est considérée comme un langage universel.

Il s’agissait de la fraternité qui y régnait : Noirs, Blancs, métis, nouveaux arrivants et migrants temporaires étaient tous rassemblés pour célébrer la culture haïtienne, tout en respectant les valeurs québécoises.

Par exemple, dans l’un de ses numéros, Michaël Brun s’est assuré de souligner la grandiosité de Céline Dion, la diva de Charlemagne.

Et une fois de plus, Montréal a fait le tour de la planète, car les images de la foule dansant et criant au son de la musique du DJ ont été reprises par les internautes.

Avant, pendant et après le concert, je me suis amusé à prendre le pouls des spectateurs afin de rassembler des informations pertinentes sur la place de la culture haïtienne dans la société québécoise.

Une habitante de Chicoutimi a révélé qu’elle était déçue qu’il n’y eût pas de kiosques de griots et de bananes pesées, mais néanmoins, elle aimait l’ambiance du spectacle.

Ericka Alneus, conseillère de la Ville, qui est aussi responsable de la culture, du patrimoine, de la gastronomie et de la vie nocturne au comité exécutif, semblait être éblouie par l’esprit créatif du DJ natif de Port-au-Prince.

Le sourire sur le visage de la sympathique élue suggérait que tout se déroulait bien. Et en constatant ma tentative maladroite de diriger la conversation vers la politique, elle m’a fait savoir gentiment qu’elle s’est présentée au parc Jean-Drapeau en tant que fan de la musique de la terre natale de ses parents.

Un Italien dont la conjointe est Haïtienne a déclaré que l’avenir de la musique québécoise est haïtien.

Je dépose ça ici tout doucement, comme dirait l’autre.

À 22 h, le soleil dormait déjà profondément, et dès que Michaël Brun a mis fin au concert, le rara de Rarajazz de Montréal s’est mis en branle, ne laissant aucun répit à la foule qui s’est présentée au parc Jean-Drapeau à 17 h.

L’embarras du choix

Samedi 23 août. Fatima Altieri, la nouvelle coqueluche de la musique haïtienne, Annie Arlette et Tjo Zenny sont à l’Olympia. J’y vais ou je n’y vais pas ?

Comme on dit, dans l’abondance, on philosophe.

Je ne suis pas tenu de participer à tous les événements de ma communauté. Le simple fait de savoir qu’elle contribue à l’enrichissement culturel de la métropole m’enchante.

Cette influence haïtienne est visible dans presque tous les aspects de la vie à Montréal, de la cuisine aux termes créoles utilisés par les jeunes, en passant par la musique konpa.

Et cette tendance devrait perdurer et prendre de l’ampleur au cours des années à venir.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

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