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12 janvier 2010 : où étiez-vous quand la terre tremblait en Haïti ?


Où étiez-vous, le 12 janvier 2010, quand vous avez appris qu’un séisme d’une grande intensité a frappé Haïti ? Que faisiez-vous ? Quelle a été votre réaction ? Certes, ce jour-là restera à jamais gravé dans la mémoire collective, mais qu’en est-il de la mémoire individuelle ?

C’était un mardi de janvier comme un autre, à la fin de l’après-midi, heure de Montréal. Certains étaient encore au travail, d’autres à la maison, et les plus jeunes revenaient de l’école.

J’étais à la Place Ville Marie quand un ami m’a appelé pour m’annoncer la terrible nouvelle. Je me souviens que j’étais d’une humeur joviale lorsque mon téléphone s’est mis à pleurer. J’ai répondu à l’appel de mon ami en le taquinant sur la léthargie de son équipe de hockey préférée.

« Ce n’est pas le moment de plaisanter quand Haïti est sur le point de disparaître », m’a-t-il dit avec autorité, me remettant ainsi au pas.

Quoi ? Une magnitude 7,3 et des milliers de morts ? À ce moment-là, j’étais confus. Je me doutais qu’un problème s’était ajouté aux nombreux autres qui existaient déjà en Haïti, mais lequel ?

Ce n’est que lorsque je me suis rendu au restaurant 3 Brasseurs, sur la rue McGill, que j’ai pu reprendre mes esprits : en jetant un coup d’œil aux écrans de télé du restaurant, j’ai constaté que celui qui s’était attaqué à Haïti n’était pas le grand méchant ouragan, mais bien le goudougoudou, le mot des grands maux.

J’étais bouleversé par les corps mutilés qui jonchaient le sol, les cris de douleur et de désespoir, les bâtiments effondrés et le chaos qui s’était emparé de la capitale. Je me suis retrouvé dans une forme de bovarysme, cherchant à me cacher de l’actualité de ma terre natale.

Quand la serveuse est venue me présenter le menu, elle savait que j’avais perdu l’appétit, ou du moins que j’avais commencé une grève de la faim pour protester contre l’injustice de ces catastrophes naturelles qui visaient toujours le même pays, soit Haïti, pourtant le berceau de la liberté.

La serveuse m’a plutôt exprimé de façon sincère sa compassion face au tremblement de terre qui avait mis Haïti sens dessus dessous, et les clients sont passés à ma table pour en faire de même.

La situation était préoccupante. Tous les regards s’étaient tournés vers LCN, RDI, CNN et d’autres chaînes d’information en continu pour savoir si c’était réellement la fin d’Haïti.

Cette fois, la situation était différente. Il ne s’agissait pas d’un porno de la misère, dans lequel la pauvreté extrême d’Haïti est généralement mise à nu par les médias occidentaux. Toutes les villes du monde entier ont fait preuve d’empathie en se mettant à la place de Port-au-Prince, qui souffrait des conséquences du goudougoudou.

Si la propagation de la COVID-19 a enclenché une ruée vers le papier de toilette, le séisme de Port-au-Prince a été une affaire de mouchoirs, car il était impossible de regarder les images terrifiantes de cette tragédie sans verser de larmes.

Une ville ne perd pas 300 000 citoyens en un clin d’œil, sans qu’une guerre n’y soit impliquée. Même à Hiroshima, en 1945, le nombre de victimes de la bombe atomique était inférieur aux chiffres de Port-au-Prince.

Je ne dis pas cela par désir de détenir le monopole de la souffrance, mais bien par souci d’une explication simple et profonde.

Aujourd’hui, plus d’une quinzaine d’années après cette journée apocalyptique, Haïti peine à panser ses plaies. Son visage demeure marqué par le puissant séisme.

Les turbulences politiques, la terreur et la violence des gangs armés à Port-au-Prince démontrent bien que la terre tremble toujours en Haïti.

Cela fait très mal. Mais, comme le dit le proverbe, la douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

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