Alors que notre regard est tourné vers le Venezuela, qui est confronté à des défis diplomatiques et politiques, tout près, dans notre propre cour, le féminicide frappe encore. Une jeune femme noire de 31 ans, Tadjan’ah Désir, a été tuée par un homme du même âge. Et au moment d’écrire ces lignes, on apprend que, à Puvirnituq, dans le Nord-du-Québec, une femme de 54 ans a subi le même sort par son conjoint. L’année 2026 commence mal.
La violence à l’égard des femmes atteint des niveaux alarmants, et « Tout Le Hood En Parle ». Sur cette plateforme Facebook, où un GoFoundMe a été publié pour venir en aide à la famille de la première victime de féminicide de l’année, les internautes s’indignent devant cette série de féminicides.
L’idéologie de la suprématie masculine

« Il va falloir comme société trouver des mesures concrètes pour arrêter l’hémorragie… elle n’aurait jamais dû mourir… ni elle ni celles décédées avant elle », a écrit une de ces internautes, mardi, ne sachant pas qu’un autre cas de féminicide venait d’alourdir le bilan de la violence fondée sur le genre au cours des derniers mois.
À 31 ans, Tadjan’ah était dans la fleur de l’âge quand James Théramène, son ex, l’a poussée en bas d’un balcon d’immeuble, au jour de l’An.
Il s’agit d’une violence gratuite qui devrait nous faire réfléchir sur le rôle que nous pouvons jouer dans ces drames d’horreur. Jamais la famille de la défunte n’aurait pu prédire que sa finitude serait provoquée par le féminicide.
Avant d’aller plus loin, il convient de préciser que, aujourd’hui, sans distinction de classe ou de race, la violence faite aux femmes est monnaie courante dans notre société.
Malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation aux conditions féminines, certains hommes continuent de croire que leur femme leur appartient et qu’ils peuvent la battre.
Il faut être sourd pour ne pas entendre le cri de douleur et de désespoir de plusieurs femmes de notre société. Une société qui promeut encore l’idéologie de la suprématie du mâle. On n’a qu’à jeter un coup d’œil sur TikTok, où les jeunes sont exposés à des contenus faisant la promotion du phénomène de masculinité « sigma ».
Qu’est-ce que le mâle « sigma » ?
Selon Samuel Tanner, professeur de l’École de criminologie de l’Université de Montréal (UdeM), le mâle « sigma » veut remplacer le modèle de masculinité à travers la domination et le contrôle des femmes et des autres genres.
Le discours « sigma » justifie la place supérieure de l’homme dans la société, propage une désinformation genrée et incite même à la haine.
Quand on pense que nos jeunes consultent TikTok quotidiennement, on ne peut cacher notre inquiétude pour l’avenir. C’est la raison pour laquelle les jeunes garçons doivent être inclus dans le travail de sensibilisation des hommes à la question des violences faites aux femmes et aux féminicides.
Éduquer nos garçons
En fait, on devrait apprendre aux garçons à embrasser la cause féminine dès leur jeune âge.
Ça commence à la maison. Enseigner aux garçons que, peu importe la situation, ils ne doivent pas frapper une fille est primordial. Leur inculquer des valeurs qui promeuvent l’égalité des genres.
Ça commence aussi par le refus des blagues sexistes, par la dénonciation de comportements agressifs.


On ne peut plus tolérer ces violences basées sur le genre. C’est triste et révoltant. Parfois on se demande si ceux qui commettent ces actes odieux pensent à leur mère, à leur sœur ou à leur cousine.
Les hommes doivent se parler entre eux afin de trouver des solutions au problème, car, à l’évidence, c’est un fléau masculin.
Malheureusement, aucune femme n’est à l’abri du féminicide, et permettez-moi d’ajouter quelques chiffres aux mots afin de mieux saisir l’amplitude de ce fléau.
Qu’elle soit noire, blanche ou arabe, d’après Statistique Canada, au Québec, une femme risque de faire partie des 20 000 personnes victimes de crimes contre la personne commis dans un contexte conjugal.
Les femmes composent presque la totalité des homicides (74 %), des enlèvements (100 %), des séquestrations (98 %) et des agressions sexuelles (98,5) commis par un conjoint ou un ex-conjoint.
De plus, environ 30% des victimes de violence conjugale ont entre 30 et 39 ans, et 13% ont été menacées d’une arme.
Enfin, ces statistiques démontrent à quel point notre société est malade. Et le remède à ces maux n’est certainement pas le silence.
Pour participer à la collecte de fonds en soutien à la famille de Tadjan’ah Desir, consultez la plateforme Tout Le Hood En Parle sur Facebook.
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