Qui remportera la prochaine élection partielle dans Terrebonne ? Tatiana Auguste ou Nathalie Sinclair Desgagné ? Depuis que les médias ont annoncé que la Cour suprême a annulé l’élection fédérale dans Terrebonne à cause d’une erreur d’Élections Canada, cette question est sur toutes les lèvres. Et plus on abordera le sujet, plus cette histoire alimentera les discussions sur la fiabilité du processus électoral.
Nathalie Sinclair-Desgagné contre Tatiana Auguste.
Chaque vote compte
Jamais une élection dans une circonscription n’aura suscité autant d’intérêt. En cette période d’incertitude politique, le monde n’a que ces deux noms à la bouche. La première était députée sortante du Bloc québécois dans la circonscription de Terrebonne aux élections fédérales de 2025, tandis que la seconde, une jeune libérale d’origine haïtienne, avait défait sa rivale par une seule voix après un dépouillement judiciaire.
Après qu’une électrice bloquiste, Emmanuelle Bossé, eut révélé que son bulletin de vote spécial lui avait été retourné en raison d’une erreur d’Élections Canada, Mme Sinclair-Desgagné avait contesté le résultat et réclamé la reprise de l’élection.


En octobre 2025, un juge de la Cour supérieure avait rejeté la demande de nouvelles élections formulée par Nathalie Sinclair-Desgagné, soutenant que l’erreur d’Élections Canada était humaine, et que cela n’avait pas porté atteinte à l’intégrité du système électoral canadien.
Or, le vendredi 13 février, la Cour suprême renvoie les électeurs de Terrebonne aux urnes en rendant invalide l’élection de cette circonscription sur la couronne nord de Montréal.
Ce coup de théâtre a le mérite de nous faire prendre conscience de l’importance de voter, mais il a aussi fécondé une rivalité acharnée entre les deux politiciennes, poussant leurs supporteurs à tenir des propos désobligeants sur les réseaux sociaux.
Après la décision du plus haut tribunal du pays, Mme Sinclair-Desgagné, soulagée, a déclaré ce qui suit aux médias : « Jusqu’à aujourd’hui, il y avait quelqu’un qui siégeait et qui, pourtant, n’avait pas la légitimité de le faire. Heureusement, ça a été corrigé aujourd’hui. »
La table est donc mise pour un duel au sommet à Terrebonne.
La victoire surprise de Tatiana Auguste
En fait, cette rivalité me rappelle certains combats de boxe où un obscur inconnu, à la surprise générale, défait le champion en titre, et ce dernier, piqué au vif, réclame sur le champ un combat revanche.


Comme Nathalie Sinclair-Desgagné l’a fait, certains champions déchus sont même allés en cour pour obtenir le droit de prendre leur revanche. Pour eux, leur défaite est le résultat d’un simple accident de parcours, du surgissement d’un obstacle inattendu.
Par exemple, en toute logique, en 1990, avant leur combat, il était impensable que James « Buster » Douglas batte Mike Tyson. De même, on ne s’attendait pas à voir Hasim Rahman, un boxeur de l’ombre, vaincre le champion incontesté Lennox Lewis, en 2001.
Et en 1978, Leon Spinks, qui a été sacré champion olympique à Montréal, mais qui n’avait disputé que sept combats professionnels avant qu’il affronte Muhammad Ali, n’était pas censé battre celui-ci, qui est considéré comme le plus grand (The Greatest).
Or, aux élections générales de 2025, peu de gens, surtout les experts, croyaient que Nathalie Auguste, alors seulement âgée de 24 ans, vaincrait la candidate sortante du château fort du Bloc québécois.
Mme Sinclair-Desgagné s’est-elle réellement battue en cour au nom de la démocratie ?
Je n’en doute pas. D’ailleurs, je salue son opiniâtreté. Cependant, il serait bien naïf d’exclure l’émotion qui accompagne la défaite dans l’équation. L’intérêt que suscite la reprise de l’élection de Terrebonne va au-delà de la politique.
D’un côté, plusieurs membres de la communauté haïtienne, déçus de voir une des leurs perdre sa place à la Chambre des communes, se sont réunis sur les réseaux sociaux pour lancer un appel à la mobilisation afin de garder Nathalie Augustin à Ottawa.
Le vote des minorités visibles
De l’autre, de nombreux Québécois dits de souche souhaitent que les Terrebonniens aillent voter en grand nombre à l’élection partielle afin que Terrebonne redevienne bloquiste.

À tort ou à raison, sur Facebook, certaines personnes accusent la communauté haïtienne de jouer la carte raciale, et d’autres insistent sur le fait de ne pas voter pour un candidat en se basant sur la couleur de sa peau, mais bien sur ses compétences.
Ce dernier point est judicieux : un électeur noir ne devrait pas voter pour un candidat simplement parce qu’il est Noir.
En suivant cette logique, il nous apparaît clairement que ce principe perd tout son sens quand on pense à la création même du Bloc québécois, qui se décrit comme un parti de Québécois pour défendre les intérêts des Québécois à Ottawa.
En réalité, la communauté italienne s’unifie toujours derrière un candidat d’origine italienne, et les Libanais, les Grecs et les Arabes font de même lorsqu’un de leurs compatriotes se présente dans leur circonscription.
Voyons les choses dans leur ensemble et rappelons-nous que pendant plus de 50 ans, les Haïtiens ont voté aveuglément pour des candidats qui ne faisaient pas partie de leur communauté, et que, aujourd’hui, ils se réjouissent de l’émergence des personnes noires en politique, et plus particulièrement de la montée fulgurante que connaissent les femmes noires dans cet univers qui est considéré comme un sport extrême.
Dans le cas qui nous préoccupe, Tatiana Auguste représente un symbole d’inclusion et de progrès pour les jeunes Noirs, qui veulent voir des leaders qui comprennent leurs réalités et leurs aspirations.
Et si ces jeunes-là voient que Mme Auguste se retrousse les manches pour remporter l’élection à Terrebonne, c’est la cerise sur le gâteau renversé à l’ananas.
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